Sites de rencontres

LES APPLICATIONS DE RENCONTRES

Les appareils les plus utilisés pour une rencontre amoureuse sont d’abord le GSM ou le smartphone (82 %), suivi par l’ordinateur portable (67 %) et, plus en retrait, l’ordinateur fixe (45 %). Pour la première fois, l’utilisation d’un ordinateur fixe pour obtenir son premier rendez-vous descend sous la barre des 50 %. Autrefois incontournable pour chercher une relation sérieuse, ce type d’appareil est devenu probablement victime d’un effet de substitution au profit du PC portable ou de la tablette. À cela s’ajoute le fait que de plus en plus d’usages autrefois réservés au PC fixe (l’e-mail, la recherche d’information, l’e-banking…) sont désormais accessibles sur des appareils comme le PC portable, la tablette voire le smartphone. Par ailleurs, ces appareils ont des caractéristiques avantageuses par rapport au PC fixe : comme ils sont moins volumineux et facilement transportables, ils sont donc utilisables un peu partout (SPF, 2019).

Ce succès s’explique notamment par la démocratisation massive des smartphones. Dépassant les 700 euros à leurs débuts, ces appareils qui permettent à la fois de téléphoner, d’envoyer des SMS et d’accéder à Internet – sans devoir allumer son ordinateur, de chez soi en Wi-Fi ou via l’Internet mobile (3G, 4G et bientôt la 5G) hors de son domicile – vont très vite prendre le pouvoir en 2012 et ne le perdront plus.

Devenant moins chers et toujours plus performants ces dernières années, il est maintenant possible de se procurer une de ces machines sous la barre des 200 euros. Les applications mobiles pour nouer de nouvelles relations, nées avec Internet voient leur nombre exploser à partir de 2007, date du lancement de l’iPhone. L’App Store et Google Play, les deux principales plateformes de téléchargement d’applications mobiles sont lancées en 2008 (Bergström, 2019, pp. 46-49). « Près de 200 milliards d’applications mobiles ont été téléchargées jusqu’en 2015 », alors qu’en 2009, seulement deux milliards de téléchargements sont effectués. En 2018, le chiffre s’élève à 205,4 milliards (Clement, 2019).

Les sites de rencontres se sont adaptés à cette demande des utilisateurs toujours plus nomades en fournissant au public des versions de leurs sites consultables également depuis un smartphone, parfois même en développant leur propre application. Auparavant contraints à rester devant leur écran d’ordinateur pour discuter sur des sites de rencontres en vue draguer, pour faire des rencontres amicales ou amoureuses, il suffit désormais aux utilisateurs de dégainer leur téléphone portable pour s’envoyer des messages, voire des sextos, de n’importe où et à tout instant.

 D’après un sondage relayé sur le site Hello Giggles, 42 % des personnes qui viennent de se rencontrer et 32 % des couples ensemble depuis moins de 10 ans s’en envoient régulièrement (Adam & Eve, 2014).

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Une révolution sociale et psychologique

Ce que favorise la rencontre par Internet est quelque chose dont elle hérite et qu’elle renforce, la constitution de l’autre comme support de son épanouissement par le biais d’une réalisation de soi par l’autre s’appuyant sur la diversification des échanges à forte dimension narcissique et le développement d’une logique d’investissements plus variés et plus mobiles. En rationalisant le processus de la rencontre, elle incite à la mise en équivalence des partenaires – potentiels ou réels – et subvertit quelque peu la logique projective et identificatoire à forte résonance inconsciente propre à la rencontre classique, « en chair et en os ». En ce sens, elle rend les investissements plus labiles et incertains et tend à fragiliser les unions en promouvant la possibilité d’une conjugalité sérielle (sur le modèle d’une exclusivité sexuelle successive), voire d’une polyconjugalité (susceptible de prendre des formes diverses). Dans les deux cas, le caractère défensif du positionnement se trouve renforcé, mais peut-être moins du fait d’une dynamique interne au sujet que du fait d’une évolution structurelle de la communication, et plus globalement des rapports sociaux, au sein d’une démocratie marchande individualiste et hypermédiatisée, prônant à la fois la responsabilisation, la consommation et l’affirmation de soi – en un mot, néolibérale (Neyrand, 2015).

Les sites et applications de rencontres renvoient à une expérience humaine et mettent en lumière les difficultés de l’amour à notre époque. Ils sont souvent l’objet de beaucoup de désillusions.

C’est pourquoi lagence matrimoniale Easys “nouvelle génération” connait un véritable succès depuis de nombreuses années.

En effet, « Les sites de rencontres nous parlent d’amour et de sexe, c’est-à-dire de libido, de narcissisme et de névroses, bref de choses très intimes et profondément humaines », souligne l’écrivain Stéphane Rose. C’est pourquoi « ce serait une erreur de perception de penser qu’Internet a ouvert l’ère de l’intercession sentimentale et conjugale. Le net contribue à techniciser des pratiques qui existaient antérieurement », insiste le professeur en Sciences de l’information et de la communication Pascal Lardellier, auteur de plusieurs romans de sociologie (2004, 2005, 2006, 2012). Ce que proposent dès 2001 les sites de rencontres et plus tard les applications, c’est un élargissement de la base de recrutement de potentiels partenaires, ce qui peut augmenter les attentes et la difficulté de les satisfaire. Il n’est pas toujours aisé pour certains individus de faire des rencontres. Tous ne sont pas forcément bien dans leur peau, sont parfois timides ou réservés, ce qui réduit considérablement les chances d’aller vers les autres. Les agences matrimoniales quant à elles, étaient déjà bien présentes sur la scène de la rencontre et avaient déjà aidé des milliers de célibataires à se rencontrer.

La raison principale de l’ adhésion aux sites de rencontres réside dans les ressources de la communication masquée. S’exprimer sans être jugé par le regard d’autrui, sans être « entravé » par la parole de l’autre, quel confort… Une « toute-puissance expressive » est à l’œuvre, propice à toutes les confidences, à tous les épanchements.

Un élément important des services de rencontres en ligne à mettre en lumière est donc celui du possible. Se connecter laisse imaginer un nombre infini d’interactions mais également de « moi » possibles, qui ne se réaliseront jamais la plupart du temps, mais n’empêche pas de produire tout du moins des « effets bien réels de fascination » (Lardellier, 2004). Mais, il n’est pas seulement question ici d’« une activité mentale ou fantasmatique qu’exercent les adeptes des sites » et applications de rencontres (Parmentier, 2011).

 Jean-Jacques Rousseau (1258) abordait l’attrait du possible par le pouvoir de l’imagination : « en voyant moins, on imagine davantage ».

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La sexologue liégeoise Margaux Marbaise indique ceci :

Là où certains sites de rencontres sont payants, le plus souvent pour les hommes, les applications de rencontres sont gratuites dans leurs fonctions de base. Cette gratuité et la facilité d’accès attirent surtout les plus jeunes, à l’aise avec ces nouvelles technologies. D’autant plus que l’utilisation de tels services n’est plus aussi taboue qu’il y a quelques années, ça rentre petit à petit dans les mœurs. Tout comme l’agence matrimoniale où la démarche s’est vraiment décomplexée.

Les personnes nées dans les années 1990, socialisées à la « culture de l’écran » ont grandi avec les pratiques numériques et semblent dès lors plus à l’aise que leurs ainés avec ces nouveaux services (Bergström, 2019 ; Wagner, 2017).

Là où les réseaux sociaux traditionnels comme Facebook ou Instagram sont considérés comme inadaptés par les gens pour aborder un inconnu (ils ne sont en effet pas prévus à la base pour engendrer des rencontres), l’intérêt principal de ces sites et applications réside dans la possibilité pour les utilisateurs de sortir de leur cercle de sociabilité dans une certaine « normalité », vu que le but initial est explicite : faire des rencontres. Les utilisateurs peuvent contacter des personnes qu’ils n’auraient généralement jamais contactées ni rencontrées dans d’autres contextes car elles peuvent être trop éloignées géographiquement, trop timides, etc. Certains nourrissent d’ailleurs parfois un espoir de relation sérieuse, jusqu’au rêve de fonder une famille.

De plus, dans un contexte où les parcours individuels deviennent toujours plus discontinus (affectifs, sexuels, professionnels), on attend des individus qu’ils prennent en main leur destin par « une approche proactive de la rencontre » (Van de Velde, 2011, p. 32). Plutôt que de rester passif ou de laisser faire le hasard devant l’éventualité d’une rencontre, le fait de prendre des initiatives s’inscrit progressivement dans cette éthique de « responsabilité de soi » (Bergström, 2019). De là aussi, la plus grande facilité et valorisation du fait de passer par une agence matrimoniale sérieuse et réputée tel qu’Easys Rencontres.

Ces plateformes de rencontres permettent aux utilisateurs de discuter avec plusieurs personnes en même temps par rapport aux interactions en face à face, limitant à une conversation avec une seule personne à la fois. Ces plateformes rencontrent beaucoup de succès chez les jeunes qui flirtent et expérimentent souvent des relations éphémères liées à la sexualité, ce qui pourrait être décrit comme une « jeunesse sexuelle ». Ils s’exercent au jeu de la séduction et des nouvelles expériences sexuelles, sans devoir rendre des comptes à leur entourage (infra Privatisation de la rencontre page 62).

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Du côté des célibataires seniors , on retrouve le même type d’attentes décrites pour les jeunes. Mais le plus souvent, une fois qu’ils considèrent leur « jeunesse sexuelle » terminée, les adultes proches de la trentaine vont souvent envisager de se tourner vers un modèle conjugal plus « sérieux ». Certains voient malheureusement leurs opportunités de rencontres diminuer dans leur quotidien. Où rencontrer des célibataires sérieux ? Comment faire des rencontres fiables ? L’entourage est souvent en couple ou déjà marié à cet âge. La plupart ont un travail stable et ne sortent plus autant que pendant leur jeunesse.

Face à cette pénurie de partenaires potentiels, certains vont se tourner vers ces plateformes de rencontres en ligne pour tenter de trouver un partenaire, souvent dans l’optique d’une remise en couple (Begrström). Contrairement à certaines idées reçues, le couple n’a pas perdu son attrait mais est considéré comme un projet de vie, voire même l’idéal d’une vie « accomplie » pour une majorité de jeunes. Aussi la vie conjugale atteint son point culminant entre 30 et 34 ans, plus de quatre personnes sur cinq se disent en couple (83 %) (Bergström, 2019, p. 86) dans une enquête importante de l’Institut national d’études démographiques (INED) sur les parcours individuels et conjugaux des français (INED, 2014).

L’utilisation de ces sites et applications se décline différemment en fonction du genre et tous se demandent quel est le meilleur site de rencontre. Les femmes voient dans la séduction une façon de tester leur pouvoir d’attraction et une manière de vérifier qu’elles peuvent être considérées comme de potentielles partenaires. Ces services de rencontres permettent facilement de se confronter à un jeu de séduction avec d’autres utilisateurs sans forcément y donner suite. En l’absence physique de leur prétendant, de multiples internautes confient s’exprimer plus librement ainsi. La gêne de la « vraie vie » et la peur de l’autre sont court-circuitées. Le sociologue Ervin Goffman rappelle que « l’embarras est la sensation sociale la plus partagée, dès que l’on se trouve en présence d’autrui » (Goffman, 1974).

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L’absence et la distance physiques, le fait d’être dans un endroit complètement contrôlé et la possibilité de mettre un terme au contact à tout moment accordent aux utilisateurs, surtout aux femmes, une véritable maîtrise sur les interactions dans le virtuel. Il est en effet difficile pour elles de faire respecter leur consentement face à des hommes qui vont passer outre celui-ci, pouvant parfois devenir « lourds » et insistants dans la réalité, ce qui rend plus difficile l’arrêt d’un contact de visu.

Selon une enquête de l’Institut français d’opinion publique (IFOP) (Franceinfo, 2018) publiée le 19 novembre 2018, 86 % des Françaises ont, au moins une fois, été victimes d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue. En Belgique, plus de neuf femmes sur 10 âgées de moins de 35 ans affirment avoir vécu une expérience de harcèlement dans la rue, ressort-il du travail de fin d’études de Léa Gosselin (2017), étudiante en criminologie à l’ULiège. Ce travail de fin d’études, réalisé en 2017, se base sur un échantillon de 2400 femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, entre 15 et 64 ans. Parmi ces femmes, l’étudiante précise que seulement 12 d’entre elles ont déclaré ne jamais avoir été victimes de ce phénomène.

Concernant les expériences de harcèlement sur Internet, une autre étude menée par le Pew Research Center en 2013 sur près de 2500 américains (dans Croquet & Signoret, 2018) indique que 42 % des femmes se rendant sur des services de rencontres en ligne ont déjà été contactées d’une manière qui les a fait se sentir«mal à l’aise ou harcelées». Contre seulement 17 % pour les utilisateurs masculins.

Pour toutes ces raisons de sécurité et dans un souci de sélection, le fait de recourir à une agence matrimoniale réputée telle qu’Easys Rencontre permet d’éviter toutes ces risques de harcèlement et de mauvaise rencontre.

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Pour les hommes, la situation est donc relativement différente. Ils sont souvent incités à occuper une place particulière dans le jeu de la séduction en ligne comme hors ligne. Cette situation fera l’objet d’une enquête approfondie dans la Partie IV. Les hommes vont régulièrement considérer la drague (sur Internet) comme « un savoir-faire » à maîtriser, perfectible via un entraînement, une formation, par l’intermédiaire de « coachs en séduction » qui promeuvent une méthode d’apprentissage pour tenter de comprendre et maîtriser les « codes relationnels ».

Le cas Tinder

Tinder est une application gratuite dans sa version de base qui propose de faire des rencontres directement depuis un smartphone. C’est l’une des premières applications de rencontres à être spécifiquement développée pour les smartphones plutôt qu’une extension d’un site de rencontres déjà existant. Après l’avoir téléchargée, les utilisateurs doivent impérativement se connecter avec leur compte Facebook ou leur numéro de téléphone portable pour commencer à utiliser ce service. De cette manière, Facebook ainsi que le numéro de mobile servent à authentifier les utilisateurs. Les internautes doivent également fournir des données pour construire leur profil Tinder tels que le prénom, l’âge, le sexe, des photos et peuvent aussi lier leur compte Instagram ainsi que leur chanson préférée sur Spotify pour donner plus de crédit à la validité de leur profil.

Figure 5 : visualisation des filtres de recherche, un profil Tinder et un match.

Cela permettrait de rassurer les autres utilisateurs sur la fiabilité des comptes (Timmermans, 2017). Dès que l’internaute a choisi ses photos, sa description et configuré ses paramètres, l’application permet, comme de multiples autres applications de nos jours, de faire défiler de nombreux profils utilisateurs en fonction de leur sexe et de leur localisation pour entrevoir une potentielle discussion, voire une rencontre. Le fonctionnement se base sur le mouvement du balayage de l’écran : le swipe. Si l’utilisateur apprécie la personne proposée en photo, il doit swiper vers la droite pour indiquer qu’il apprécie le profil, sinon vers la gauche.

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Lorsque deux profils sont confrontés l’un à l’autre et swipent à droite tous les deux, cela s’appelle un match. Une conversation se crée alors entre les deux utilisateurs et leur permet de communiquer via un système de messagerie. C’est le « double opt-in social » (Duportail, 2019a), désignant un consentement en deux étapes. Si l’ambition initiale de Tinder consiste à faire rencontrer les célibataires facilement en supprimant « la peur du râteau », l’objectif inavoué pour l’entreprise consiste plutôt à faire swiper ses utilisateurs le plus longtemps possible afin de collecter des données et les pousser progressivement à souscrire à un abonnement à la version payante, qui offre un nombre de fonctionnalités supplémentaires. Plus les utilisateurs swipent, plus l’entreprise Tinder engrange des bénéfices.

Les motivations des utilisateurs sur Tinder

Comprendre pourquoi des millions de personnes dans le monde utilisent Tinder pour faire de nouvelles rencontres est important pour plusieurs raisons. Avant tout, cela permet d’expliquer et de comprendre la popularité croissante des applications de rencontres sur mobile. En outre, la compréhension des motifs de l’utilisation de Tinder fournit un point de départ nécessaire pour les questions de recherches connexes concernant les effets positifs ou négatifs de l’utilisation de ces applications de rencontres.

Tinder et les autres applications en général sont réputées pour être peuplées par des utilisateurs qui souhaitent vivre des relations sexuelles occasionnelles et faciles (« hook-up » en anglais). Ces croyances sont souvent relayées dans les médias, sur Internet et entre les individus eux-mêmes. Pourtant, la plupart des études (Anzani et al., 2018, p. 146) s’accordent à dire que ces « hook-up » ne représentent pas la majorité des motivations qui animent les personnes à utiliser des applications de rencontres. En fait, l’utilisation des services de rencontres en ligne dépendra des besoins initiaux et des attentes de chacun, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. En 2016, plusieurs universités belges et néerlandaises ont réalisé ensemble une étude empirique pour tenter d’identifier les motivations des 18-30 ans qui utilisent l’application Tinder aux Pays-Bas (Sumter, Vandenbosch et Ligtenberg, 2017). Ces chercheurs ont déterminé six motifs principaux : la recherche d’un partenaire amoureux, le sexe occasionnel, la facilité de communication, la validation personnelle, l’excitation/amusement et l’effet de mode.

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Analyse des résultats statistiques

Contrairement aux croyances populaires influencées notamment par ce qui a été véhiculé précédemment dans les médias, la motivation d’une rencontre sérieuse, durable semble être un des moteurs les plus puissants qui animent les individus à utiliser Tinder par rapport aux autres motivations et également à celle du sexe occasionnel, selon l’étude (Sumter et al., 2017).

Les utilisateurs masculins présents sur la plateforme ont montré un attrait plus important pour le sexe occasionnel (« coups d’un soir », « plans culs ») que les utilisateurs féminins de Tinder. Cette constatation correspond effectivement aux croyances populaires concernant la représentation de l’utilisation accrue d’Internet (sites et applications) par les hommes pour chercher des partenaires sexuels potentiels.

Bien qu’il soit intéressant d’observer dans le futur comment les applications de rencontres risquent de changer la vie amoureuse et la manière dont les relations sont considérées par les individus, les découvertes de cette étude suggèrent que les rencontres qui vont découler des matchs Tinder sont fortement liées aux attentes des utilisateurs. Avant même d’utiliser de telles plateformes, ces derniers auraient très souvent des attentes déjà bien déterminées.

La présente étude a été la première à démontrer que Tinder ne devrait pas être simplement considérée comme une application où l’on peut uniquement chercher des relations sexuelles occasionnelles ou autres « coups d’un soir ». L’application devrait plutôt être envisagée comme un outil multifonctionnel qui satisferait divers besoins parmi les 18-30 ans dans la population hollandaise (Sumter et al., 2016).

Des résultats similaires à cette étude se retrouvent dans une thèse de doctorat Is Dating Dated in Times of Tinder ? d’Élisabeth Timmermans (2017), docteur en sciences sociales de l’Université de Louvain. Sur base de quatre études indépendantes, elle a évalué et validé de manière fiable treize motivations différentes d’utilisation de Tinder en Flandre. Les deux motifs principaux qui ressortent le plus souvent dans cette étude sont le divertissement et la curiosité. Cependant, il est important de préciser que les résultats de cette étude pourraient être propres à chaque pays et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si ces observations peuvent être généralisées à d’autres pays également.

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Si on analyse la situation plus en détails avec le peu de chiffres disponibles pour la Belgique, dans une enquête de Test Achats (De Bal & Stevering, 2019, p. 46) sur 10.000 belges interrogés, la principale motivation pour utiliser un service de rencontres en ligne est, comme dans les études précédemment évoquées, la recherche d’un partenaire durable; même si beaucoup d’utilisateurs sortent très déçus des sites et applications de rencontre. Celle-ci est considérée comme « importante » pour un peu moins de la moitié des répondants (43 %), surtout pour les utilisateurs entre 25 et 45 ans, le genre jouant également un rôle : les femmes y attachent davantage d’importance que les hommes. Dans un second temps, les utilisateurs sont principalement en quête d’amitié, quand ils ne sont pas tout simplement curieux. Tout le monde n’est pas en quête de simples aventures sexuelles : c’est considéré comme « peu important » pour 63 % des répondants, et « très important » pour 21 % d’entre eux. Mais les hommes y attachent plus d’importance que les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Des utilisations particulières de Tinder

Pourquoi utiliser une telle plateforme si ce n’est pas pour tchatcher, faire des rencontres ou nouer une relation durable ? Les personnes utilisent Tinder pour beaucoup plus de raisons que les développeurs de l’application ne pourraient l’imaginer, y compris pour obtenir de l’approbation sociale. Dans une démarche narcissique, ces personnes s’inscrivent parfois sans envisager la moindre relation amoureuse ou sexuelle, afin de notamment tenter de se rassurer sur leur capacité à plaire et à susciter du désir. Ces différentes utilisations impliquent que l’application Tinder fonctionnerait plutôt comme un canal de communication qui permet aux personnes de rentrer en contact, dans lequel l’utilisation de l’application initialement prévue par les développeurs va parfois être détournée (Sumter et al., 2016).

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Si un utilisateur est conscient que son profil est montré à un grand nombre de personnes, il est possible qu’il parvienne à en tirer un profit quelconque. Certains individus utilisent donc Tinder et d’autres applications de rencontres comme un canal à part entière pour élargir leur visibilité gratuitement et ainsi obtenir un accès à un catalogue d’utilisateurs.

Évidemment, les prostituées, les violeurs, les faux profils existent. Mais ce ne sont pas les seuls. Il faut garder à l’esprit que Tinder est avant tout basé sur l’image et le corps (comme d’ailleurs tous les autres sites et applications de rencontres). Pour ceux qui veulent faire de la publicité sponsorisée, cette pratique se banalise sur ces applications. Les marques sont conscientes que leur cible se trouve également sur ce type de plateformes et se prêtent de plus en plus au jeu.

Pour éviter toute cette “exploitation” des données et sentiment d’être exposé dans un site internet comme sur une plate-forme d’e-commerce, beaucoup de célibataires se tournent de plus en plus vers notre agence matrimoniale Easys.

A. Instagram

Certains individus se mettent en scène tels des mannequins sur leur compte Instagram public, servant le « narcissisme assisté ».

Ces technologies de l’ego voient les internautes s’y conjuguer sur le mode « sujet/verbe/compliment ». « Il va sans dire que ces TIC ont contribué à l’émergence de ce que les spécialistes appellent le personal branding. Chacun est au service de sa propre marque et de son « ego 2.0 » à faire valoir parmi des millions d’autres » (Lardellier, 2012).

La plupart d’entre eux ne précisent pas textuellement le but de leur démarche en renseignant les coordonnées de leur compte en description Tinder. D’autres, comme Mylène sont plutôt honnêtes. « Ça se passe sur
mon Instagram les amis !

Abonnez-vous. Pas là pour trouver l’amour, j’ai déjà le mien ! », sous-entendu « Venez suivre mon compte Instagram » pour accumuler les abonnés.

Quelles que soient les avancées de la culture égalitaire et les stigmatisations féministes à l’encontre du culte de la beauté, le désir de plaire par la mise en scène esthétique de soi reste beaucoup plus marqué au féminin qu’au [mais les hommes n’y échappent pas non plus.

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À coups de publications et de « stories* », ces « instagrammeurs » (et utilisateurs de Tinder) sont des milliers à se mettre ainsi en scène. Ils récoltent un énorme succès auprès des gens et surtout auprès des plus jeunes, car ils représentent une vie basée sur « un perfectionnisme social ». Il ne s’agit plus seulement de simples selfies*, mais de mises en scènes de soi dans des contextes où l’on se montre toujours extraverti, optimiste, beau, travailleur et sportif. « L’individu passe un temps fou à filtrer et éditer son autoportrait avant de le poster. Comme la réalité diffère de la photo, les conséquences peuvent être dramatiques. Pas moins de 56 %
des amis et membres de la famille d’une personne qui s’est suicidée aux USA parlent du défunt comme d’un “perfectionniste” », selon les travaux de Gordon Flett, professeur à l’Université de Toronto (Garessus, 2017).La pression pour être heureux est encore plus forte car les smartphones et les réseaux sociaux incitent les gens à envoyer une image de soi dans un bonheur personnel, selon le pédiatre Colin Michie (Garessus, 2017). Cette mise en scène de soi serait la forme ultime de l’individualisme. Dans un article du New York Times de Jenna Wortham (2014), Kevin Slater, un développeur de jeux vidéo et étudiant en algorithmes indique d’ailleurs en parlant d’un profil Facebook que celui-ci « montre une version améliorée de nous-mêmes » ou l’on se rend plus attirant, ce qui implique qu’il est « impossible dans la “vraie vie” d’être la même personne que sur Facebook ». Si cela s’applique à un réseau social, créé plus pour se faire des « amis », il serait envisageable que cela s’applique également aux profils Instagram et aux plateformes de rencontres comme Tinder, où l’esthétique du corps importe considérablement.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (Garessus, 2017), cette manière de se mettre en scène sur les réseaux représente un danger car on dénombre davantage de suicides que de morts par violence interpersonnelle. Le taux de suicide est au plus haut depuis trente ans aux États-Unis, malgré l’usage croissant des antidépresseurs. C’est en partie le résultat du « perfectionnisme social », selon Will Storr. Plus exactement de la perfection vue par l’autre. Car « ce que je suis dépend beaucoup de ce que je pense que les autres pensent de moi », affirme l’expert Charles Cooley, cité par Will Storr (dans Garessus, 2017).